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La douceur du graveur Albert Mentzel-Flocon

La douceur du graveur Albert Mentzel-Flocon
Page d’un carnet d’Albert Flocon, 1944. Archives Albert Flocon / IMEC.

Les archives du graveur-buriniste Albert Flocon rejoignent la collection de fonds artistiques confiés à l’IMEC. Ami de Gaston Bachelard, ce passionné des rapports entre l’art et la géométrie contribua par ses œuvres et par ses écrits à renouveler l’étude de la perspective.

Famille, amis, collègues, tous se souviennent du boncaractère d’Albert Flocon (Berlin-Köpenick, 1909 – Paris, 1994). Ce trait positif porte-t-il en lui une prédisposition à la « rêverie » chère à Gaston Bachelard ? Au début des années 1950, à deux reprises, le philosophe a dialogué avec Albert Flocon au micro de Jean Amrouche. Pour Bachelard, la maîtrise d’un métier aussi difficile que celui du buriniste relève d’une rêverie particulière, celle de la volonté ; toute gravure au burin serait le fruit d’une « impatience de la volonté constructive » dont témoigne la brusquerie des gestes du graveur lorsque la pointe d’acier attaque le cuivre. Sans contredire le philosophe, Jean Amrouche attire plutôt l’attention sur la « douceur inexorable » de la main du graveur dans les opérations de polissage et d’essuyage qui précèdent et succèdent à l’entaille.

Ce contraste qui caractérise les gestes du buriniste est à l’image de la vie d’Albert Flocon. Au Bauhaus de Dessau, où il étudie de 1927 à1929, celui qui s’appelait encore Albert Mentzel est profondément marqué par l’enseignement théâtral d’Oskar Schlemmer ; l’attention portée à l’homme qui se meut dans l’espace, c’est-à-dire sur la vaste scène du monde réel, restera la donnée essentielle de son activité plastique. En 1933, fuyant le nazisme, il arrive en France avec sa femme et sa fille ; Mentzel travaille d’abord dans le monde de la publicité auprès de Victor Vasarely avant de s’installer à la campagne comme encadreur. Il dessine beaucoup. En 1939, d’abord enfermé au camp de Chambaran, il s’engage dans la Légion étrangère, puis rejoint la Résistance du côté de Toulouse. Arrêté, il s’intéresse durant son incarcération à la perspective et aux points de fuite. À la Libération, Albert Mentzel apprend que sa femme et sa fille ont été assassinées à Auschwitz parce que juives ; après la guerre, il choisit de porter le nom de sa grand-mère maternelle, d’origine française. Albert Flocon apprend alors le métier de buriniste. En 1949, ses premières estampes sont publiées dans un ouvrage comportant des poèmes composés pour lui par Paul Éluard. En 1954, il obtient le poste de professeur de dessin à l’École Estienne, puis en 1964 il devient titulaire de la chaire de perspective à
l’École des beaux-arts de Paris. Avec André Barre, il met au point la théorie de la perspective curviligne.

Les archives d’Albert Flocon confiées à l’IMEC en 2014 comprennent notamment la correspondance du graveur, les dossiers préparatoires de ses ouvrages et plusieurs dizaines de carnets restés en possession de ses enfants, Catherine Ballestero et Emmanuel Mentzel. En 2002, une cinquantaine de carnets ont été acquis par les Amis de la Bibliothèque nationale de France.

Yves Chevrefils Desbiolles
Les Carnets de l'IMEC, n° 4, automne 2015, p. 30.

Les archives d'Albert Flocon.


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