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Blog des collections
« Les Papiers » : Anne-Marie Albiach

« Les Papiers » : Anne-Marie Albiach

Écrit par Francis Cohen

Grande figure de la poésie contemporaine française, Anne-Marie Albiach a construit une œuvre discrète et essentielle. Avec État, son recueil le plus célèbre, elle a « chang[é] le visage de la poésie » selon les mots de Claude Royet-Journoud, compagnon de création et de vie. Et c’est tout l’enjeu de ces Papiers consacrés à Anne-Marie Albiach : Francis Cohen, poète, essayiste et revuiste, fait jaillir le processus d’écriture, l’obsession et la radicalité de la langue à l’œuvre dans le travail de la poétesse. Ratures, spirales, couleurs… les archives témoignent du recommencement et de l’énigme sans fin qui traversent l’œuvre.

La spire

Les ratures sont constantes, elles insistent parce que la rature obéit à la spire qui est la figure élective d’État, les ratures entourent et passent entre les vers, elles montrent ce qui sera supprimé. La rature trace la mesure des intensités que soutient ce qui sera soustrait, les ratures font « voir » ce qui disparaîtra, le blanc advient sur la page par la rature, le blanc oublie qu’il aurait pu être un dessin. Le geste est plastique parce que je voudrais que les ratures d’Anne-Marie Albiach ressemblent à celles de Cy Twombly avec qui elle voulait faire un livre dans la collection « Argile » dirigée par Jacques Dupin et Jean Frémon aux éditions Maeght. Ce livre ne se fera pas, mais Jean Frémon se souvient que des contacts furent pris avec Cy Tombly par l’entremise d’Yvon Lambert, Cy Tombly « donna un accord de principe, puis le projet s’enlisa. Par manque d’obstination de notre part, sans doute. » Plus tard Yvon Lambert publiera L’Excès : cette mesure, un livre d’artiste avec Richard Tuttle, qui tracera des cercles noirs parfaits. Anne-Marie Albiach attendait de la couleur, elle proposera à Yvon Lambert, qui refusera, une enluminure au début du poème. Sur le tapuscrit, on voit donc de nombreuses ratures à l’intérieur de plusieurs cercles et un raturage all over presque sur toute la page, la couleur est absente comme dans les interventions de Richard Tuttle. On regarde des ratures circulaires, et on voit déjà les cercles de Richard Tuttle. Anne-Marie Albiach a raturé : « Nous le voyons/ça existe/et ce que nous ne voyons pas ». Ce que nous ne voyons pas encore existera. La proximité de Richard Tuttle avec Anne-Marie Albiach est intense ; lors de sa dernière exposition à Paris, le nom d’Anne-Marie Albiach fut entendu dès le début d’un petit discours qu’il prononça à la galerie Lelong.

Anne-Marie Albiach. Dactylographie préparatoire d’État (Paris, Mercure de France, 1971), vers 1970.
Archives Anne-Marie Albiach/Imec

« Les Papiers », série en libre accès sur le site de l'Imec, proposent le portrait d’une œuvre ou la traversée d’une thématique à travers les collections de l’Imec en invitant écrivains, philosophes, historiens ou artistes à remettre en jeu le mouvement d’une pensée grâce à l’archive et au-delà d’elle-même.

« Les Papiers Anne-Marie-Albiach » sont à lire ici.



Lien vers le fonds Anne-Marie Albiach sur le portail des collections.
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