Archives

L’atelier des archives
par Sarah Fouquet

Depuis 2016, l'ÉSAM (École supérieure d’arts et médias de Caen/Cherbourg) et l’IMEC proposent aux étudiants de participer à une expérience originale qui leur permet d’appréhender l’archive comme matériau de création. Sarah Fouquet, créatrice et coordinatrice de cet « atelier à part »
en dévoile ici les contours.

Sarah Fouquet est enseignante en design graphique à l’ÉSAM Caen/Cherbourg.

Peut-être bien que le point commun entre un.e chercheur.euse et un.e artiste est d’être irrésistiblement attiré.e par la marge, cet espace de liberté, connexe et ouvert. Par exemple, sur un document imprimé, dans un geste quasi automatique, l’un.e y accolera quelques notes quand l’autre y esquissera quelques traits. Signes d’appropriation, ces traces sont celles d’une lecture à la fois attentive et transgressive, en somme une lecture augmentée. Les archives sont d’ailleurs parfois davantage les marges éclairantes d’une œuvre qu’elles n’en sont les seuls brouillons ou éléments constitutifs de son élaboration. Quand en 2016 j’ai proposé, en partenariat avec l’IMEC, l’atelier d’édition « En marge des archives » aux étudiant.e.s de 4e année de L'ÉSAM, l’idée était de voir comment les archives, dans toutes leurs dimensions hétérogènes, intimes, imparfaitement humaines... pouvaient devenir une matière à créer et à nourrir les recherches personnelles des étudiant.e.s. Jusqu’où peut-on se mettre au service des archives tout en sachant s’en émanciper ? Comment investir cette marge d’interprétation sans dénaturer le sens et le contexte de ces documents? Comment concevoir des objets éditoriaux qui en permettent une lecture vivante par tous types de supports ?

Chaque année nos étudiant.e.s font la découverte d’un fonds d’archives que l’IMEC a choisi de valoriser. En 2016, les étudiantes1 de l’atelier avaient mené une recherche sur le livre sensible à partir de textes particulièrement esthétiques sur le corps, le vêtement, le paysage, de l’auteur Henri Raynal. Les figures poétiques de son œuvre leur avaient inspiré chacun de leurs choix de papiers, d’impressions, de reliures. En 2017, le fonds de l’anthropologue Pierre Clastres emmena les étudiant.e.s2 de l’atelier dans le récit incarné, presque mythologique, des Indiens Guayaki. Tou.te.s œuvrèrent par l’image, le son, la typographie, à faire réapparaître cette communauté. En 2019, les étudiant.e.s3 élurent un ouvrage totem de l’œuvre de l’auteur et éditeur Jean Paulhan pour en faire un point d’ancrage (pour ne pas dire d’encrage) de leur réflexion. Du papier à l’écran, leurs objets induisaient des gestes très particuliers : désencarter/réencarter,décomposer/recomposer, lire/détruire, cacher/montrer... Parce qu’une archive se met à vivre quand on la consulte, ce qui engage une manipulation savante, aimante, consciente de sa fragilité, et tou.te.s l’ont fait avec la reconnaissance des chercheur.euse.s qui découvrent.

Enfin, nos étudiant.e.s se sont prêté.e.s à l’exercice nouveau d’exposer leur recherche créative lors de colloques, devant les plus grand.e.s spécialistes des fonds en question. Et l’accueil n’a été que curiosité, considération et enthousiasme, les confortant ainsi dans leurs travaux.



  1. Eubi Cho, Clémentine Graciès, Kyungmin Lee, Louise Robin et Mathilde Sevaux.
  2. Adrien Bernardet, Manon Brassart, Gabriel Courrier, Eudes Ressencourt et Zhao Yingtong.
  3. Silène Clarte, Emmanuelle Étienne, Valentin Guesdon, Yulen Iriarte, Lola Li et Ying Zheng. En 2019, l’atelier a été également encadré par Bérénice Serra et Junama Gomez, enseignant.e.s à l'ÉSAM.

Article paru dans Les Carnets de l'Imec #13-14, à l'automne 2020