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Le béguinage des inventeurs
par Jean-Loup Rivière

Jean-Loup Rivière est professeur et responsable de la recherche au Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Codirecteur du Laboratoire SACRe (université PSL).

Deux fois, cette année, les élèves du Conservatoire national supérieur d’art dramatique qui suivent le cursus particulier « Jouer et Mettre en scène » sont venus résider à l’abbaye d’Ardenne pour faire un stage d’écriture dramatique. Un peu plus tard, quelques artistes engagés dans la réalisation de ce doctorat nouveau mené au sein du laboratoire SACRe (sciences, arts, création, recherche) qui fait partie de l’université PSL (Paris Sciences & Lettres) et qui regroupe six écoles*, se sont également retrouvés à l’abbaye pour un séminaire de création.

Que sont venus faire dans un lieu de conservation et de consultation de fonds d’archives des acteurs et des metteurs en scène en formation, des artistes en cours de réalisation d’une thèse dont le coeur est une oeuvre d’art ? La merveilleuse polysémie du mot « invention » en donne la clé : inventer, c’est concevoir et fabriquer quelque chose de nouveau, et c’est aussi découvrir, mettre au jour ce qui était caché, enfoui ; c’est à la fois imaginer et révéler. Les milliers de documents qui sont en boîte et en rayonnage à l’IMEC attendent leur « inventeur », celui qui les fera connaître et qui créera un objet sensible ou intellectuel original. Un fonds d’archives n’est pas qu’un « conservatoire », c’est aussi un « inventoire ». Sans création, la mémoire est peau morte, sans mémoire la création est sans os.

L’architecture du site est également favorable à ce nouage entre l’archive et la création. Elle fait penser à cette belle invention des « béguinages » qui se sont développés principalement en pays flamands depuis le Moyen Âge : petits logements individuels et espaces communs réunis autour d’un jardin, ce dispositif articule le travail ou la méditation solitaire et le moment de l’échange, le propre et le commun. L’abbaye d’Ardenne est une île en pleine terre où se rencontrent de multiples Robinson.

Ces séjours furent particulièrement féconds : une huitaine de pièces y ont été écrites, et l’affaire est à suivre… Nous réfléchissons à leur présentation publique dans la région ; certaines ont été mises en scène au Conservatoire national ; des contacts ont été établis avec le Centre dramatique national ; des oeuvres ont été élaborées à partir de fonds d’archives (films, textes, installations, performances…). La directrice du Conservatoire a souhaité renouveler l’expérience. À suivre, donc…



À savoir, le Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD), le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP), l’École nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD), l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son (La Fémis), l’École nationale supérieure des beaux-arts (Beaux-Arts) et l’École normale supérieure (ENS). Voir : collegedoctoral.psl.eu/doctorat-psl/programme-doctoral-sacre

Article paru dans Les Carnets de l'Imec #10, à l'automne 2018