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Contemporaines ! Poètes-femmes d’aujourd’hui

Écoutons ce que les mots des femmes disent de la poésie et du monde d’aujourd’hui. Comment interroger la notion de « poètes-femmes » ? Comment donner une visibilité à celles dont la présence reste encore souvent trop discrète dans le catalogue des éditeurs ? Vénus Khoury-Ghata, Esther Tellermann, Catherine Weinzaepflen et Marie de Quatrebarbes ont rencontré Anne Gourio à l’Imec.

Contemporaines !  Poètes-femmes d’aujourd’hui

Évoquer la « poésie des femmes » n’est pas sans pièges : au geste de reconnaissance se mêle toujours, insidieusement, le risque de la marginalisation. Dès lors qu’on la spécifie et qu’on la catégorise, la poésie pourrait bien ne plus être tout à fait la poésie… C’est pour échapper à ces méandres théoriques et à ces apories linguistiques qu’un cycle baptisé « Poèt(e)s » entend offrir une visibilité plus grande à celles qui sont trop souvent dans l’ombre des maisons d’édition, et s’ouvrir à la diversité des visages féminins de la poésie contemporaine. Ces journées déroulent un dialogue vivant entre discours critique et parole créatrice : chaque poète invitée est associée à un critique universitaire qui propose une communication sur l’œuvre, tandis que suivent lectures, entretiens et échanges des poètes avec le public. À l’abbaye d’Ardenne se sont ainsi retrouvées Vénus Khoury-Ghata, Esther Tellermann, Catherine Weinzaepflen et Marie de Quatrebarbes. Aucune n’essentialise le genre poétique, mais toutes mettent au jour l’intuition vive de la poésie contemporaine : dévoilant l’étrangeté de toute évidence, la poésie d’aujourd’hui offre une figuration intempestive de notre monde ; ce faisant, elle trace des lignes de fuite libératrices, qui pulvérisent les discours figés. L’œuvre de Vénus Khoury-Ghata, hantée par un passé déchiré, élabore une poétique du disparu à travers une langue qui métisse, à l’image de son Liban natal, le français et quelques réminiscences de l’arabe. Esther Tellermann, en une langue acérée et exigeante, ouvre elle aussi un espace frontalier, où la violence de l’histoire rencontre l’atemporalité du mythe, s’y amplifie et s’y tamise tout à la fois. Catherine Weinzaepflen, dont l’œuvre franchit librement les cloisonnements génériques et géographiques, interroge en citoyenne du monde la condition féminine. Marie de Quatrebarbes, quant à elle, s’immisce dans le corps de la langue et y fait danser les mots pour mieux suspendre les représentations et échapper aux pièges de l’identité. Toutes quatre, par la vigueur de leur engagement poétique, nous invitent à explorer les territoires de la poésie contemporaine, dont l’Imec conserve précisément certains fonds ­d’archives. Aux chemins exploratoires de la « poésie blanche » empruntés par Anne-Marie Albiach ou Danielle Collobert s’ajoutent les voies/x de la poésie francophone — Andrée Chedid, Vénus Khoury-Ghata —, mais aussi les itinéraires personnels de Marie Étienne, de Nella Nobili et de toutes celles publiées par les éditeurs abrités à l’Imec. « Contemporaines ! Poètes-femmes ­d’aujourd’hui » : quand l’archive rejoint la puissance vive du présent.

Anne Gourio
Maîtresse de conférences en poésie française du XXe siècle. Université de Caen-Normandie.


Andrée Chedid. Marées. Tapuscrit avec corrections manuscrites, 1991. Archives Andrée Chedid/Imec.