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Activités

Pierre Senges

Pierre Senges

Pierre Senges sera en résidence à l’Imec du 3 novembre au 1er décembre. Pierre Senges est l’auteur depuis Veuves au maquillage (Verticales, 2000) d’une œuvre érudite et joueuse qui lui a souvent valu le qualificatif d’encyclopédiste baroque. De romans en livrets d’opéras, d’essais en fictions radiophoniques, Pierre Senges multiplie les modalités expressives afin de porter un regard amusé sur l’histoire – et notamment l’histoire de l’art et de la littérature. Lecteur passionné de Gogol, de Kafka, de Shakespeare ou de Melville, citant aussi bien Simone Weil que Sigmund Krzyzanowski, mobilisant tour-à-tour le cinéma muet et la peinture flamande, Senges circule entre les savoirs en riant pour mieux révéler la lacune inscrite au cœur de toute connaissance.

« Achille à la poursuite de la tortue, l’histoire sempiternelle, connue par cœur et bientôt assommante, si souvent répétée par la tortue, moins souvent par Achille (ou même jamais, de honte), et s’il la racontait ce serait pour la dire autrement – il dirait : parcourir la moitié du chemin, puis la moitié de la moitié, et ainsi de suite jusqu’à se tenir immobile à deux doigts de son but, convaincu de ne jamais l’atteindre, voilà ce que j’appelle le bonheur. Il faut comprendre : se tenir assez près pour tout connaître dans ses moindres détails, avoir le temps devant soi, cloué sur place, admirer à l’œil nu la chose sans importance, l’étudier mais sans l’égratigner, sans lui faire subir l’affront d’une capture et en se passant de la victoire, bon gré mal gré – une forme rare de repos (il y a sans doute des lits exprès pour ça). » disait-il dans deux phrases programmatiques d’Un long silence interrompu par le cri d’un griffon (Verticales, 2023).  

Pierre Senges sera en résidence pour l’écriture d’un texte, un essai littéraire qui portera sur les coulisses, provisoirement intitulé Coulisse. Voici ce qu’il en dit :

« Les coulisses du théâtre sont un lieu intermédiaire où le comédien ne se montre pas encore sous les traits d’un personnage mais a déjà cessé d’être lui-même. Elles sont le lieu de l’attente, du désir et du trac, le lieu de l’envers du décor, de l’ombre et des changements de costumes. Dans cet entre-deux, les identités deviennent multiples, le visage sous le masque de l’acteur s’avère être un autre masque, la réalité la plus triviale trahit son caractère artificiel.

Depuis le théâtre baroque jusqu’au cinéma moderne, beaucoup d’œuvres ont situé leurs intrigues dans le décor si déroutant des coulisses – ou de la coulisse, selon une autre façon de le dire. Ce corpus va de L’impromptu de Versailles de Molière à Opening Night de John Cassavetes, à certains films d’Ingmar Bergman, ou au Birdman de Alejandro González Iñárritu. Chacune de ces œuvres a recours au principe, toujours passionnant, de la mise en abyme, façon peut-être d’affirmer que nos vies, même en dehors des scènes de théâtre, continuent d’être des fictions. Ces dispositifs comportent une part comique, volontaire ou involontaire, qu’il est tentant d’étudier de près.

Il est possible également de puiser dans une abondante bibliographie (les écrits de Nicola Sabbattini consacrés aux machines théâtrales, les études de Gisèle Venet sur les masques et sur Shakespeare, les essais de Dario Fo sur le savoir de l’acteur). »

L’écrivain participera à deux évènements ouverts au public, au Musée des Beaux-Arts et à la librairie Eureka Street, et interviendra à de multiples reprises auprès des étudiant·es en lettres de l’Université de Caen.  

Résidence Fadel portée par Normandie Livre et Lecture.  
Crédits Photographiques : Georges Seguin, licence Creative Commons.