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Voyages dans des déserts d’amour

Voyages dans des déserts d’amour

J'ai souvent voyagé, j'aime cela.

Cette affiche de notre tournée en Amérique du Sud en 1985, me transporte immédiatement comme une madeleine vers des ailleurs, déjà connus et reconnus. Un espace emplit de souvenirs, un temps encore présent dans ma mémoire, dans mon corps, pleinement, amoureusement... amour de l'espace, du mouvement, du temps qui passe, amour des autres.

Amour pour cette pièce, Déserts d'amour, pour ceux qui l'ont dansée, pour Dominique.

Les pièces que j'ai dansées sont pour moi comme des pays où j'ai voyagé, espaces, paysages à découvrir, à habiter, à danser, temps pleinement investi dans la découverte, hommes et femmes rencontrés, aimés.

Quand les deux se lient, danse et voyage, c'est un vrai cadeau, je suis alors nomade dans ces traversées, dans lesquelles j'ai pu me perdre avec bonheur afin de mieux me rétablir. Le voyage invite au déséquilibre, à la perte de repère, au désaxement, et dans Déserts d'amour la danse de Dominique en est peuplée. Je dis peuplée car ce sont des humains qui se désaxent, qui habitent ces verticales et ces décentrements, comme les hommes et femmes qui peuplent ces différents pays où j'ai voyagé.

Argentine, tango, où sans désaxement, subtil déséquilibre, le mouvement n'est pas. Trouver l'équilibre dans le déséquilibre...avec l'autre.

Je revisite cette pièce/pays en ce moment, ma mémoire se réactive. Du plus profonds de mon corps le ressenti des sensations refait surface, les gestes, le mouvement que je pensais perdu ressurgit, parfois avec force mais sans violence, toujours comme un partenaire bienveillant, accompagnant, aimant. Pourtant elle est difficile cette danse de Dominique, contraignante, sans concession, se l'approprier, l'incorporer est difficile, elle ne se laisse pas facilement séduire. L'état de corps, d'être, d'esprit, être en accord avec soi en se laissant désaxer.

Se souvenir, retrouver, ou pas, les chemins déjà empruntés, faire des détours, se perdre, se retrouver, imaginer, réinventer, revenir sur ses pas, repartir, se laisser envahir, submerger parfois...Plaisir et bonheur de la transmission, de faire don à l'autre, de le conduire aux frontières de ce pays pour qu'il trouve par lui-même son chemin dans ces déserts, pas complétement vierge de traces et de signes. Qu'il puisse faire lui sa trace, son voyage, faire trace comme je l'ai fait dans ces danses paysages.

Carnets de route, carnets de voyage pour chaque pièce, accompagné depuis trente ans maintenant par les Carnets Bagouet, si comme le dit Catherine « nous sommes les carnets » alors bon anniversaire à tous, bon anniversaire aux carnets.

Et continuons le voyage...

Jean-Pierre Alvarez