L’abbaye d’Ardenne

Historique

La Révolution de 1789 chassa les religieux de l’abbaye d’Ardenne, enleva aux lieux réguliers leur destination originelle et dépouilla l’abbatiale du mobilier et des œuvres d’art dont elle s’était enrichie depuis la réforme du père Jean de La Croix. Le 1er mai 1791, l’abbaye est vendue à un Parisien nommé Jean Jacques David Chauffrey. Les premières destructions – le dortoir et une partie du cloître – semblent dater de cette époque. En 1795, le 23 messidor de l’an trois de la République, on dispersa une partie du mobilier provenant de l’abbatiale. Deux jours auparavant, le 21 messidor, l’abbaye passait aux mains de Fulwar Skipwith, consul général des États-Unis à Paris. Skipwith agissait probablement en tant que prête-nom de William Russell, citoyen britannique habitant les États-Unis d’Amérique. Souhaitant se rapprocher de l’Angleterre sans s’y installer, Russell régularisera sa situation en 1799, peu avant de faire de l’abbaye d’Ardenne sa résidence principale. Russell vivra à Ardenne jusqu’en 1814. Durant les premières années de son long séjour, il accueillit la communauté protestante caennaise dans l’église abbatiale.

Le départ de William Russell marque le début du morcellement de la propriété de l’abbaye d’Ardenne. Si les premiers propriétaires de la porte Saint-Norbert et de l’église d’une part, de la vieille ferme d’autre part, ont relativement bien conservé leur bien, Casimir Lefrançois, qui possède le cloître, le logis abbatial et le Farinier, ne laisse debout que ce dernier ainsi qu’une aile du logis abbatial, dite le Pressoir. Ces importantes destructions, advenues vers 1820-1823, sont cependant les dernières. Trois entreprises agricoles distinctes prennent ensuite le relais.

La vie de l’abbaye d’Ardenne traverse alors une période de stabilité à peine troublée par la transformation, au tournant du siècle, du Farinier en entreprise de confection de denrées, ou par quelques événements religieux, des processions à l’occasion de la Fête-Dieu, par exemple, pris à l’initiative de l’un ou de l’autre propriétaire. Un événement majeur survient toutefois en 1918 : le classement Monuments historiques des principaux bâtiments de l’abbaye – église, pavillon central de la porterie Saint-Norbert, grange aux dîmes et porte de Bayeux – à l’initiative, deux ans plus tôt, de la Société des antiquaires de Normandie.

Vers 1813, l’abbaye d’Ardenne vue par l’Est, aquarelle de Thomas Russell, s.d., British Library, Russell Papers

Vers 1813, l’abbaye d’Ardenne vue par l’Est, aquarelle de Thomas Russell, s.d.,
British Library, Russell Papers

Vers 1890, la cour de ferme, la porte Saint-Norbert, photographies de Félix Martin-Sabon, s.d., Médiathèque de l’architecture et du patrimoine

Vers 1890, la cour de ferme, la porte Saint-Norbert, photographies de Félix Martin-Sabon, s.d.,
Médiathèque de l’architecture et du patrimoine